jeudi 29 octobre 2009
nuit
noire écarlate
tes lèvres
attendre
dans tes yeux
le signal
*************
au profond de la nuit
ta voix
un souffle à peine
audible
haletante
des mots pour
éclore
doucement
le mauve des draps
*************
dans le noir du soir
un filet alto
là s’élève
la clarté des songes
tu te retournes
*************
vers l’aurore
entre rose et réveil
le murmure
ton bras sur
mon ventre offert
mercredi 28 octobre 2009
vers le vide
il faudra sauter inévitablement
en attendant
moi
j’hésite tout en bas
déjà épuisée
à force de demi-tours
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c’est muette que j’avance invisible pour moi-même, je mâche ma langue pour m’empêcher de dire que
non, je ne peux pas je dois me taire je ne sais pas pourquoi parce que tout le monde me force à parler tout le temps de
il y a quelque chose qui m’échappe comme quelque chose qui fuit mais je ne le trouve pas le trou qui laisse s’enfuir le
je voudrais que crier ce soit se taire
je pense à toi
ces mots de ton corps
interdits
pire encore
ceux du mien sur le tien
trop semblables
mes seins brûlent
à force silence, plus rien à dire
sauf
les yeux qui s’enfoncent
le cœur qui implose
et dans la gorge une boule de
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le sais-tu que demain
j'irai jeter mes mots
et je brûlerai au jour
ton visage en poèmes
ne tente pas de me retenir
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je rage j’avale je n’arrive pas à te crier au visage à cracher ma colère contre toi et l’effet de ton indifférence comme une rafale au visage un crachat sous l’œil droit quand je voudrais embrasser tes lèvres
et toi tu le sais tu le sens tout de moi transparaît dans mes traits
je ne suis pas ça pour toi et pourtant moi je m’effrite en même temps
le vois-tu au moins que je m’effrite de toi ?
le vois-tu que je meurs un peu plus chaque fois que tu me dis non, que tu me parles de lui ou d’elle ou de toi et que moi j’acquiesce
« Oui oui je comprends tu vas voir tu vas aller mieux, viens on va aller marcher, viens on va aller faire ce que tu veux tout le temps, tout le temps, non moi ça va ne t’inquiète pas »
mais je ne dors plus
je rêve à toi
le sais-tu
je deviens invisible inatteignable inadmissible
un nuage qui s’élève au-dessus de tout ce qui existe de tout ce qui se palpe
je suis intouchable
tu peux bien partir je m’en fous
va t’en c’est ça oublie-moi
je m’en fous tellement
va t’en
jusqu’à
« oui quoi c’est toi ça ne va pas viens prends ma main
on va aller marcher »
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j’ai encore craché
des mots en cascades
pour m’étouffer
j’ai couru au précipice
parce que la marche trop lente
oblige à réfléchir
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la chute n’a rien effacé
mais
le vertige m’a remplie de vide
peut-être que ma tête n’explosera pas
le fourmillement dans le ventre
était
une tristesse ivre
pendant un instant je n’ai plus pensé à toi
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j’ai tout effacé
jusqu’à la dernière trace
il ne reste que des phrases
et comme elles sont inutiles
console-moi
quand je crie
arrête le temps
du vertige en chutes libres
j’ai tout supprimé
jusqu’à tes mains
il ne reste que ton souffle
et comme il est court
ne me parle pas
serre-moi fort seulement
une minute
si ce n’est pas impossible
j’ai tout caché
jusqu’à demain
il ne reste que la marque
et comme elle s’estompe
allume une cigarette
tends-la moi
reste encore
je ferai du café
reste, je te le jure :
ne voudrai plus jamais sauter
reste
je te le jure
reste
et peu à peu
nous serons pris d’un grand éclat de rire
il faudra tout recommencer
lundi 13 juillet 2009
sans mots
devant toi, les mots s’étouffent
j’ai besoin d’eau
mes lèvres collent, les commissures
ta bouche : un mirage
tes yeux se lèvent
d’abord les cils, puis la couleur
du gazon arraché entre les doigts
j’ai détourné le regard
je suis une femme analphabète
jeudi 15 janvier 2009
12. vertige
que tu manges, dors, ris, bois, aimes
m’oublies
lundi 24 novembre 2008
11 - tout se tamise
j’écoute des sons qui ne viendront pas
tout se tamise
le fleuve gèlera
jusqu’aux embâcles
la crue guette les villages
les larmes menacent les rigoles le cou
ça s’accumule de mer salée dans les trous des trapèzes
je m’apaise de surdité
j’ai peur des foules des regards des mots
je voudrais crever les eaux
en solitude
samedi 4 octobre 2008
10. rien
ni de toi ni
de moi
j’aimerais savoir j’aimerais
que tu saches
qu’on se le dise ce qu’on sait
je ne sais rien de moi
face à toi
mais je tremble
j’invente
j’invente tes yeux
j’invente ta bouche
et tes épaules et ton sexe et tes mains
j’invente tout
nous deux
mais tu ne sais rien
mardi 16 septembre 2008
9. huit morceaux
ça s’étouffe
(souper marche confitures regards cinéma camisole escaliers appartement salon miroir balcon règles messages attente attente)
corps
sur le babillard
tout près
une voix
huit morceaux
la seule trace déchirée
par cœur
petite vengeance
juste pour moi
ne change rien
l’amour s’effrite
une colère
sombre ravalée
les objets
lieux
investis
balayer tout
refaire
les omissions
on dit : « faire le deuil »
moi : « bull shit »
mardi 2 septembre 2008
8. dans un parc
l’écho d’une bataille
un chat copule
c’est peut-être
des cris d’enfant
il est minuit
ou encore sept heures
tu m’habites
sur le parc St-Alphonse retombe la poussière de l’autoroute
les arbres ne sont pas gris, sauf les jours de grand vent
quand les feuilles se retournent pour s’offrir
j’en ai vu une tomber cet après-midi
ce n’est pas encore l’automne
viens, appelle
d’ici on voit tout
je t’attends
rue Lajeunesse ce soir le soleil s’est couché rose et mauve
direction nord, yeux arrimés au bout du monde, j’ai pensé
ton bras sur ma hanche vers les couleurs de brunante
mon bras sur ton épaule nos corps collés
un arrêt un regard nos bouches
dans le parc
un banc vide
à côté
un arbre écorché
un avion passe
lundi 11 août 2008
7. salive aux lèvres
Je demande pardon aux poètes que j'ai pillés
poètes de tous pays, de toutes époques,
je n'avais pas d'autres mots, d'autres écritures
que les vôtres, mais d'une façon, frères,
c'est un bien grand hommage à vous
car aujourd'hui, ici, entre nous, il y a
d'un homme à l'autre des mots qui sont
le propre fil conducteur de l'homme,
merci.
Gaston Miron
salive aux lèvres
toi, ma langue de nuit
je te dis à la clôture du jour
sans savoir si t’attendre
existe encore
toi, ma salive aux lèvres
je veux goûter notre miction
ton arôme, la mienne
humectées au palais
toi, ma saveur ritournelle
je convoque ta chair
plus goûteuse chaque soirs
dans la fermeture des paupières
souffle, entre mes dents serrées,
tu assèches ma gorge
mardi 8 juillet 2008
6. les cigales
chaque fois, me persuader n’avoir jamais ressenti le même pincement, me convaincre que cette fois-ci est plus puissante que les fois d’avant, plus vraie, plus intense, et chaque fois que je sens se tordre mon coeur, la peur, la peur de ne plus jamais après arriver à cette intensité, cette force, ce désir, mais il faut se rassurer, se dire que la prochaine fois, encore, encore, on oubliera la peau qui grésille, les nerfs qui se tendent, le sommeil qui s’opprime, le souffle, le maudit souffle qui se coupe et se convaincre à arrêter de se ronger, se gruger, s’altérer soi-même de l’intérieur
dans le même geste : de la douceur d’être prise par l’autre et de l’agressivité de ne rien partager, peut-être pas encore, peut-être bientôt, ce serait mon tour, non? rassurez-moi que cette fois, ce serait mon tour à moi de vivre enfin, de ressentir enfin que je ne suis pas seule, que chaque fois que ma tête est hantée, je hante sa tête aussi, gratte, insiste, flatte, caresse, que moi aussi, je suis présente dans ses nuits, que moi aussi, j’en fais partie de la chaleur oppressante, que les cigales parlent peut-être de moi dans leur chant unanime
vendredi 16 mai 2008
5. ouvrir le garde-robe
je ne sais pas encore
arriver à écrire peut-être
une réponse facile
nécessairement bête
mais encore le besoin de chercher plus loin
ailleurs comme en moi dans les fictions des autres
d’abord la porte fermée moi à distance
j’observe : un félin sa proie
dans l’ombre de la porte de la chambre de la maison de mon père
presque cachée derrière le temps
juste un œil qui sort dans la lumière
et je parle parle parle et je lis et m’ensevelis dans des mots camouflages
comprendre par les autres l’évidence sous mon nez
il faut me le dire, que je le refuse en premier
que ça devienne une idée venue de moi vous je vous oublie vite
ne me dites rien pour qu’il n’y ait pas de dettes
peu à peu peut-être sortirai-je de derrière la porte
m’avancerai au futur dans la pièce clair-obscur
tournerai de long en large autour de la porte close
poserai mes doigts sur le mur déjà sali
à hauteur d’un homme grand
ma main plus basse rasant le mur
les yeux clos je verrai tout sans ne rien savoir
et la ceinture et le bleu du cou et la langue qui pend et peut-être les lunettes sur le visage
et la chaise tombée et les mains pleines de peinture encore
sous l’ongle de l’index un éclat de mon mur
sur le mur une marque gravée d’ongle d’index
tout autour mes objets éparpillés sur le sol entassés sur les tablettes
les vêtements sur les cintres ou étalés le sol le lit
un chaos d’avant ma connaissance bien rangé pour me l’apprendre
je verrai tout ça avant d’ouvrir la porte très tard quinze ans plus tard
quand j’ouvrirai la porte il n’y aura rien; je le sais
ce n’est même plus le même garde-robe et pourtant oui
comme pour tous les métros du monde où du sang a giclé des corps tombés
le service est interrompu mais on sait : quand tout sera nettoyé il reprendra
pour nous leurrer qu’on ne voit rien
et même au téléjournal on n’en dira mot pour ne pas donner l’idée aux autres malades
laissant les survivants malades à leur tour de ne même pas
même pas une petite fois
montrer à tous la porte ouverte ou les rails maculés
braquer la caméra juste une petite fois
voir apparaître dans un fish-eye : ne pas y croire
mardi 1 avril 2008
4. tu t'englues
dimanche 24 février 2008
3. le souffle
promis
ce sera le souffle
qu’on arrache
vers l’absence de la pendue
dans le garde-robe
que je n’ai jamais vue
que j’aperçois tous les jours
avec ses lunettes
et ses yeux exorbités
la ceinture de cuir autour du cou
dans ma chambre à moi
pleine de sa mort à elle
dimanche 10 février 2008
2. du fond de mon désert
as-tu remarqué, toi
du fond de mon désert
qu’il ne neige plus
entends-tu la rumeur lointaine
qui scande ton nom en prière
comme si tu étais un dieu
alors que je pense mourir encore une fois
d’une maladie inconnue et incurable
as-tu entendu les avions
fendant le ciel sous la lune
fais-tu le soir les cent pas
en pensant à mon nom
le répétant en boucle
pour te convaincre de mon existence
fumes-tu des cigarettes de condamné à mort
comme pour la dernière fois
choisis-tu tes vêtements de funérailles
ajoutant par coquetterie
un accessoire turquoise
et lorsque tu bois une bière
songes-tu aux bars que nous avons fermés
suis-je là à tes côtés
un peu dans l’ombre de l’absence
quand tu regardes cette enfant
est-ce la mienne aussi
et quand tu écris
quand tu écris
suis-je ton « tu »
suis-je là quelque part
du fond de mon désert
à murmurer des paroles
qui ressemblent à des cris
des appels au secours dans la nuit froide
suis-je en toi parfois quand tu fais l’amour
penses-tu à moi tout le temps
quand la nuit reste noire malgré les lampadaires
écris-tu des mots frivoles
qui parlent de nous
poses-tu des questions qui chaque fois
n’appellent que le silence
je n’ai rien su de toi
au fil des années qui s’écoulent
si déjà tu as aimé vraiment
si tu as perdu ton temps
quand je n’avais rien à te répondre
quand mon silence te figeait
au travers des siècles glacés
trouves-tu un peu de chaleur la nuit
dans d’autres bras ailleurs
as-tu fait l’amour depuis
moi je m’abstiens sans volonté
puisque personne ne te ressemble
depuis ton départ
tu sais
tu me parlais de ma prose
et maintenant je fais des vers
c’est plus court
plus essoufflé
ça noircit les pages plus vite
pour opprimer le silence
ça me convainc avant même la relecture
et je suis efficace
quand il n’y a rien à faire
à dire
j’occupe vite les vides
dont tu me parlais
ceux entre toi et moi
quand le sexe ne comblait plus
ne voulait plus rien dire entre les silences
tu sais
la troisième fois que nous avons fait l’amour
la première nuit
j’ai pensé à quelqu’un
qui n’était pas toi
j’ai fait une erreur de langue
pour te divertir
t’ai-je dit
et depuis ta fuite
plutôt que de dormir
je noircis des pages
de phrases illicites
pour « faire poète » comme tu disais
avec un rythme interrompu
avec un rythme inégal
et des répétitions
tu sais je pourrais te dire
que je n’ai jamais repensé à toi
au fil de mes lectures
je pourrais te dire
que je n’ai jamais eu envie
de ton corps
mais ce serait mentir
et j’en suis incapable
même quand tu restes sans mots
derrière tes cartes postales
où tu me décris
des paysages illustrés à l’endos
je pourrais clamer
mon innocence dans cette histoire
mais je m’abstiens
par souci de véracité
alors que j’ai froid la nuit
que je pleure dans mon oreiller
je pourrais te dire
que j’ai une vie nouvelle
très très heureuse
mais ce serait
ce serait
masquer la vérité
mes cheveux ont poussé
pour qu’ils ne soient plus
ceux que tu caressais
quand je mimais le sommeil
tu sais
je guette ton retour
la nuit à deux heures
comme quand tu revenais du bar
tu sais
non
tu ne sais rien
du fond de mon désert
tu ne sais même pas
si tu as déjà existé
en moi dans ma chair
dans mes vers, mon acte
et chaque gorgée de bière
m’éloigne de toi
en me rapprochant de ton absence
j’aimerais tant
que mes vers raccourcissent
et éloignent l’éloignement
des continents à la dérive
je voudrais comprendre
pourquoi tu me hantes
même la nuit qui me voit ivre
j’aimerais faire entrer ton nom
dans mon vocabulaire courant
pour te mettre en boîte
te classer dans un tiroir
fermé à clé
et le soir
jeter à la mer ma bouteille
que je saurais impossible
il me faudrait connaître le numéro
de l’arrêt d’autobus
où tu as quitté notre nous
pour pouvoir te retrouver
mais même ton nom m’échappe ce soir
parce que tu changes de visage
au fil des mots
au fil des vers qui me grugent
je sais que demain
je ne pourrai pas me relire
et que cette nuit j’arrêterai d’écrire
quand mon bras sera faible
ou que je n’aurai plus de cigarettes indiennes
ni de volonté
et que même l’encre bleue
ne me leurrera plus dans son noircissement
quand j’aurai trop bu pour me souvenir
à qui je m’adresse
quand ton nom inconnu
peu à peu
s’estompera encore
et je repousserai
comme toujours
la fin de mon adresse à toi
la mort de tous ces mots
tombés à cause de la neige
qui n’avait pas vraiment cessé
mais était devenue invisible
sous le lampadaire
parce que trop fine
tous ces mots sclérosés
alors que plus rien n’est possible
pour me convaincre
que tu n’as jamais existé
je vis dans l’absence de ton existence
et je respire profondément
pour m’assurer
que je ne perds pas la raison ce soir
me persuader
de quelque chose d’impossible
de la valeur de mes mots
malgré la bière
malgré les commentaires
en miroir de moi
qui crient mon erreur
et qui ne connaissent pas
la dureté de la gifle
de toutes façons
tu n’es plus là
et moi
je n’arrive pas à faire taire
cette douleur
l’entends-tu ma douleur
du fin fond de mon désert
depuis Paris
ou Montréal
ou Moscou
l’entends-tu ma prière
qui n’en finit plus de se poursuivre
même quand je me lève
même quand les pages gondolent d’encre bleue
quand je n’arrive plus à écrire
sur le papier trop humide
et que je n’ai plus d’encore
l’entends-tu mon cri
je le voudrais perçant
pour déchirer la nuit
pour crier ma haine et mon mal
et mon amour
et ton absence
et ton absence dans mon lit
en moi
au plus profond de moi
quand je n’existe même plus sous le manque
comme un manteau sur un cintre
dans la penderie
celle de mon amour
celle de ma passion
et celle de ma colère
de ma colère contre toi
contre ton inexistence
quand tu m’appelles la nuit
alors que je dors enfin
que j’ai réussi
à gagner un peu de sommeil
de répit
un sursis à la mort
comme une existence à la vie
ma vie d’avant avec toi
ma vie d’écriture automatique
peut-être un peu surréaliste
ma vie de vers falsifiés
l’as-tu vu maintenant
dans cette bouteille à la mer
que la prose n’est plus possible
pour colmater toutes les brèches
alors je m’enivre depuis
depuis ton départ porté disparu
depuis l’embrasement
ce soir de décembre
pour me convaincre
que tu n’as rien su
et ne sauras jamais
à cause de la bouteille perdue
tu as voulu me revoir
t’en rappelles-tu de tout ça
de notre sursis
de ma peur face à toi
du dédain au bord des lèvres
et des découvertes dans le regard
la première fois de la première nuit
l’as-tu senti
que j’ai feint l’indifférence
du fond de mon désert
en allant jusqu’au bout
en tentant d’occulter
mon amour de l’autre
et mon ivresse
j’hésite à couper mes vers
c’est terminé
l’avais-tu senti
que j’orchestre le point final
avec la dernière gorgée
à tant d’incertitudes?
vendredi 8 février 2008
1. j'aimerais
tu me dirais « je sais que ça ne se fait pas », qu’il ne fallait pas oser, « on n’invente pas comme ça une histoire d’amour », tu ajouterais que tu ne veux pas t’imposer à moi et que tu pourrais comprendre que je sois avec une autre, tu dirais que tu regrettes d’être venue; tu attendrais que j’approuve en me regardant dans les yeux avec quelques détournements du regard en te mordant la lèvre inférieure
je te laisserais parler, esquisserais un sourire, et quand tu aurais épuisé tes excuses préparées dans le métro en venant ici, je te dirais de monter, que ça me fait plaisir que tu sois là et que justement aujourd’hui j’ai pensé à toi, je te dirais peut-être que j’ai rêvé de toi pour la première fois, dans une histoire surréaliste de survols de continents, te confierais que dans mes rêves, je vole comme on nage dans l’eau parce que je ne connais pas autre chose
tu monterais l’escalier et je m’excuserais du désordre et des chaussures qui traînent, tu enlèverais tes bottes et entrerais dans l’appartement, verrais du premier regard mon lit défait, les draps mauves et en bataille, l’oreiller vertical qui était ton corps et tu dirais : « je t’ai réveillée »
moi : « je ne dormais pas encore »