Sur Enquêtes, suivi de Entretiens, Jorge Luis Borges[1]
Je sais que je suis une femme qui profite des mots de Borges pour créer une brèche et déverser une furie ancienne, rencontrée la première fois quand un homme m’a répondu: «Je ne te parle pas d’un hobbie» alors que j’avais dit que j’étudierais la littérature.
Je sais que je déforme ses paroles. Entre lui et moi, jamais il n’y a eu de dialogue.
Je pars de mots de Borges pour digresser, pour vous dire que l’écriture est
un travail
le fruit d’une recherche
la trace d’un changement identitaire
je voudrais réclamer la reconnaissance du travail de l’écrivain
et je voudrais que l’écriture reste toujours un travail de la subjectivité
mais, plus que tout, je voudrais vous dire une chose ignoble aux yeux de certains
il n’est pas donné à tous de pouvoir écrire.
Je voudrais vous dire mes prétentions : celle de tenter l’aventure, celle d’étudier, celle d’y réfléchir. Celle d’essayer d’écrire des textes que je voudrai lus.
L’aptitude à l’écriture peut se travailler en partie, certes, mais la volonté d’investissement, elle, et la sensibilité du regard posé sur le monde, lui, ne sont pas propriétés de tous.
Je ne suis pas médecin. Je ne suis pas architecte. Je ne saurais être ingénieure ou mathématicienne. Ce sont des métiers qui s’apprennent, mais ce sont des métiers qui demandent des prédispositions, scientifiques, mathématiques, artistiques.
Il en va de même de l’écriture.
Il y a Éric; il y a l’ami de l’autre; il y a la fille au bar : ils me disent qu’ils auraient pu choisir la littérature. «À sept ans j’ai écrit un petit roman, je l’ai gardé, vraiment, pour un enfant, c’était bien/C’était trop précaire, l’écriture, je suis devenu neurologue/Tu écris? Moi aussi j’ai un journal intime…» et combien d’autres?
Oui, Borges, il y a le dialogue avec le lecteur. Il y a, dans l’impossibilité de l’écriture à n’être qu’un simple «jeu combinatoire»[2], la «façon dont elle est lue»[3].
Mais je réclame qu’il y ait aussi le travail de l’écriture. L’investissement de l’écrivain.
Je ne suis pas un singe devant une machine, près d’autres singes qui tapent aléatoirement.
Je ne suis pas ignorante de la valeur des mots que j’utilise. Et si j’utilise parfois les mots à mauvais escient, je tente néanmoins d’apprendre à les juxtaposer, je tente de maîtriser ma langue de sable, ma langue râpeuse, en la laissant s’enfuir, glisser, m’échapper.
Je voudrais réclamer, comme mille autres l’ont fait avant moi, la reconnaissance du travail de l’écrivain. Des voix souvent se sont perdues. Quel dialogue y a-t-il eu?
Je voudrais vous inviter à lire un texte et à le questionner.
Je voudrais vous inviter à ne pas réussir à écrire sur un texte, à y trouver une porte d’entrée.
Je voudrais vous inviter à quand même remettre un travail de session.
Je voudrais vous inviter à ouvrir un dialogue avec les textes que vous lisez.
Ici, il y a des étudiants qui voudraient (vous) écrire.
Ici, il y a des écrivains qui voudraient (vous) parler.
Ici, il y a des gens qui ne sont ni médecins, ni ingénieurs, ni architectes.
Vous avec choisi des emplois lucratifs; acceptez-vous l’appel à frais virés?
[1] Jorge Luis Borges, «Magies partielles du “Quichotte”», «Notes sur (à la recherche de) Bernard Shaw», «Dernier entretien», dans Enquêtes, suivi de Entretiens, Paris, Gallimard, coll. «Folio Essais», 1967, p. 73-77, p. 207-211, p. 338-345.
[2] Ibid., p. 207.
[3] Ibid., p. 208.
lundi 24 mars 2008
IV - Des fragments entre les brèches
Sur Marelle, Julio Cortázar[1]
« En lisant son livre, on avait par moments l’impression que Morelli avait espéré que l’accumulation des fragments se cristalliserait brusquement en une réalité totale. »[2] Cette phrase, tirée du texte Marelle, est énoncée relativement à la conception que Morelli, écrivain que Cortázar met en scène, aurait de la réalité. Celle-ci ne pourrait se concevoir que fragmentairement. Cet écrivain décrirait ses personnages « sous la forme la plus spasmodique qui soit »[3], ce qui permettrait au lecteur de « participer presque au destin de ses personnages »[4]. Cette idée de la participation du lecteur dans le récit m’apparaît très intéressante, voire primordiale.
En effet, je crois foncièrement que le lecteur d’un texte doit pouvoir y trouver sa place, cet endroit où il peut venir s’inscrire dans le récit. C’est ce qui, à mon sens, permet à une œuvre d’être polysémique et de traverser les époques, puisque chaque lecteur, lorsqu’il peut y trouver une place, peut en faire analyse personnelle, une étude qui se voit modifiée par le contexte social. Cette inscription de la subjectivité du lecteur dans le texte permet à l’œuvre de se réactualiser.
Cette participation du lecteur au texte, je tente de réussir à la permettre dans mon travail créateur. En consignant mes souvenirs d’un événement survenu durant l’enfance et ses répercussions sur ma vie passée et actuelle, ainsi que les modifications, parfois imperceptibles, de ces souvenirs – modifications qui surviennent en fonction de mon évolution en tant que sujet écrivant – je ne peux faire autrement que de laisser place à ce qui m’échappe de cet événement.
Je ne trouverai jamais de preuves à tous les éléments que j’avancerai dans mon récit. C’est, il me semble, à ce niveau que pourra venir s’inscrire le lecteur, dans le choix qu’il fera entre les diverses versions de mes souvenirs, ainsi que dans le travail de colmatage qu’il lui faudra faire entre les fragments, travail qui visera à lier les « instantanés » de souvenirs. Comme je souhaite que ces interprétations puissent être aussi diverses que le seront les lecteurs du texte, il me semble vain d’espérer que les fragments se cristallisent en une « réalité totale ». Celle-ci, comme le restera mon souvenir de l’événement, sera, je l’espère, à jamais fragmentée, à jamais constituée de brèches entre les morceaux. Ou de morceaux entre les brèches…
[1] Julio Cortázar, Marelle, Paris, Gallimard, 1966, p. 411-412, p. 458-468, p. 188-189, p. 559.
[2] Ibid., p. 109
[3] Ibid., p. 488.
[4] Idem.
« En lisant son livre, on avait par moments l’impression que Morelli avait espéré que l’accumulation des fragments se cristalliserait brusquement en une réalité totale. »[2] Cette phrase, tirée du texte Marelle, est énoncée relativement à la conception que Morelli, écrivain que Cortázar met en scène, aurait de la réalité. Celle-ci ne pourrait se concevoir que fragmentairement. Cet écrivain décrirait ses personnages « sous la forme la plus spasmodique qui soit »[3], ce qui permettrait au lecteur de « participer presque au destin de ses personnages »[4]. Cette idée de la participation du lecteur dans le récit m’apparaît très intéressante, voire primordiale.
En effet, je crois foncièrement que le lecteur d’un texte doit pouvoir y trouver sa place, cet endroit où il peut venir s’inscrire dans le récit. C’est ce qui, à mon sens, permet à une œuvre d’être polysémique et de traverser les époques, puisque chaque lecteur, lorsqu’il peut y trouver une place, peut en faire analyse personnelle, une étude qui se voit modifiée par le contexte social. Cette inscription de la subjectivité du lecteur dans le texte permet à l’œuvre de se réactualiser.
Cette participation du lecteur au texte, je tente de réussir à la permettre dans mon travail créateur. En consignant mes souvenirs d’un événement survenu durant l’enfance et ses répercussions sur ma vie passée et actuelle, ainsi que les modifications, parfois imperceptibles, de ces souvenirs – modifications qui surviennent en fonction de mon évolution en tant que sujet écrivant – je ne peux faire autrement que de laisser place à ce qui m’échappe de cet événement.
Je ne trouverai jamais de preuves à tous les éléments que j’avancerai dans mon récit. C’est, il me semble, à ce niveau que pourra venir s’inscrire le lecteur, dans le choix qu’il fera entre les diverses versions de mes souvenirs, ainsi que dans le travail de colmatage qu’il lui faudra faire entre les fragments, travail qui visera à lier les « instantanés » de souvenirs. Comme je souhaite que ces interprétations puissent être aussi diverses que le seront les lecteurs du texte, il me semble vain d’espérer que les fragments se cristallisent en une « réalité totale ». Celle-ci, comme le restera mon souvenir de l’événement, sera, je l’espère, à jamais fragmentée, à jamais constituée de brèches entre les morceaux. Ou de morceaux entre les brèches…
[1] Julio Cortázar, Marelle, Paris, Gallimard, 1966, p. 411-412, p. 458-468, p. 188-189, p. 559.
[2] Ibid., p. 109
[3] Ibid., p. 488.
[4] Idem.
vendredi 29 février 2008
III - Vérité ou vraisemblance?
Sade, Les crimes de l’amour[1]
Je ressens inévitablement un malaise à la lecture d’un texte qui propose des clés de réussite pour l’écriture. Je me bats ardemment contre l’idée qu’il puisse exister une technique ou des méthodes permettant d’accéder à – ou de tendre vers – une forme de « perfection »[2] du texte. J’ai toujours peur que ces astuces modèlent un genre, créent des canevas à respecter ou à suivre et qui risquent d’empêcher une sorte de folie de l’écriture, voire une frénésie de l’invention. Sade invite certes à écouter les élans qui viennent au moment de l’écriture, mais je crains que d’autres de ses recommandations empêchent ce moment insaisissable et irraisonnable de la création.
La « règle de l’art d’écrire un roman »[3] qui m’effraie et m’inquiète le plus au travers de celles qu’il énonce est celle concernant la vraisemblance nécessaire des écrits : « …on ne te demande point d’être vrai, mais seulement d’être vraisemblable. »[4] J’envisage à l’inverse ma pratique d’écriture, pourtant basée sur l’autobiographie et le témoignage, comme une recherche de vérité, et non pas de vraisemblance.
Ce que je cherche à dire, par mes textes, c’est ce qui est vrai pour moi, je cherche à énoncer ce qui m’est arrivé tel que moi, je l’ai vécu, perçu; je poursuis une quête qui vise à trouver ma vérité, qui ne sera jamais la même que celle des membres de mon entourage. Je ne cherche pas une vraisemblance calculée, qui rendrait impossible, à mon avis, le travail de mémoire – personne ne peut se souvenir de la même façon des mêmes événements.
Une autre partie de mon travail s’intéresse à la retranscription des paroles des autres, de leurs témoignages. Ici, je m’intéresse au partage avec l’autre d’une expérience personnelle et je n’y recherche pas non plus de vraisemblance. Pour dire vrai, je ne m’intéresse pas à savoir si ce qu’ils me racontent est vraisemblable, ou si ces événements leur sont réellement arrivés. Ce que je cherche à trouver dans leurs témoignages, c’est une parcelle de leur vérité, un moment où il y a dans ce qu’ils racontent quelque chose qui leur est vrai.
Je pense que c’est là, beaucoup plus que dans la vraisemblance, qu’on peut retrouver la sensibilité de l’écrivain, de son regard sur le monde. Et c’est peut-être aussi lorsqu’on a accès, lors de nos lectures, à cette vérité de l’écrivain qu’on a à notre tour envie d’écrire.
dimanche 24 février 2008
a. Demain, peut-être
Est-ce sain d’être chamboulé par ses propres mots? Est-ce un gage, vraiment, d’une réussite? Je m’accapare mon passé et mon incompréhension par le langage en les faisant passer par moi, par mon corps, et j’ai l’impression alors d’avoir une prise sur le réel. Je le mets en forme. Je lui trouve une structure et, par mes lectures, je m’inscris peu à peu dans une filiation. Angot, Barthes, Desautels, Dupré, Duras, Fortin, Guibert. Mon nom comme appartenant à une lignée de douleurs. Une recherche de sens à ce qui n’en a pas, la mort précisément. Il n’y a rien de rationnel dans le geste, à la base, mais peut-être quelque chose de radical. C’est écrire pour colmater les brèches, sans savoir tout le temps quels sont ces vides. Ça évite peut-être parfois d’être catatonique tout le temps. Comme la photographie, cette entreprise permet un regard neuf sur le monde. Un nouvel angle de vue. Une autre possibilité. Quelque chose de la renaissance.
Barthes cherchait dans la photographie du Jardin d’Hiver l’essence de sa mère. Moi, je n’ai pas de photo de la femme morte. Elle n’était pas ma mère, c’est important de le dire. Je pourrais aussi avoir des photos d’elle, je sais que mon père en possède. Mais je n’en veux pas. Ce serait me plonger dans une époque que je tente de fuir. Je désire constituer ma propre image. Lui trouver un visage de suffoquée qui sera le mien juste à moi. Un visage sur lequel personne n’aura droit de regard, sinon au travers de mes mots, de ce que j’en dirai. Vous ne pourrez voir que ce que moi j’accepterai de vous montrer, avec ma pudeur à moi, mon malaise.
Cette entreprise ne sera pas facile.
J’irai chercher de l’aide, même si ça ne m’est pas naturel. Il y aura ma famille, avec la mémoire de chacun. Il y aura mes amis, des universitaires, avec leur savoir et leur support. Des inclassables et des collègues. Et des auteurs, évidemment. Puis tous ceux que je ne connais pas encore.
Il y aura des obstacles. La famille, la peur, la révolte, le temps, le travail, qui pour certains seront autant d’alliés.
Il y aura la mémoire qui ne cessera jamais de changer, de faire défaut tout en étant précise. Les souvenirs, jamais tout à fait les mêmes, contre lesquels je me battrai et tenterai de faire miens. Il y aura des photos, des romans, des paroles.
Peut-être qu’un jour j’accepterai qu’il y ait dans tout ça une histoire d’amour. L’Autre, que j’espère devant ma porte, tous les soirs.
Il y aura des juges, des critiques, des gens qui aimeront, peut-être. Et il y aura des gens qui seront déçus.
Moi aussi, dans toute cette histoire.
Puis la pendue, innommable.
Je ne me rappelle pas d’elle. C’est, dans toute cette entreprise, ce qu’il y a de plus terrible.
Écrire sur quelqu’un dont on n’a pas de souvenir. Quelqu’un qui n’a convié personne à sa mort, parce qu’au milieu de nous elle se sentait trop seule. C’est ce que j’imagine.
Il y aura tous ces mots pour tenter de la dire, de l’inventer. Pour tenter de me dire au travers de sa mort. Cesser de rejouer sa disparition futilement et tenter de passer à autre chose. Comme lever la tête et faire face à la vie, avec sa date butoire.
J’ai peur de mourir.
À quoi sert de vivre si c’est pour passer le temps et subir la vie? Je n’invente rien. Je voudrais seulement laisser une trace. Une écriture illisible dans un cahier.
C’est ça, ma tentative. Archiver la vie pour laisser une trace. D’autres l’ont fait avant moi. Se sont cachés en se révélant. Au travers des mots, d'autres se sont travestis. Les mots étourdissent, c’est très rassurant.
Tout ça, c’est une entreprise qui m’appartient, mais je ne sais pas par où commencer.
Demain, peut-être.
Barthes cherchait dans la photographie du Jardin d’Hiver l’essence de sa mère. Moi, je n’ai pas de photo de la femme morte. Elle n’était pas ma mère, c’est important de le dire. Je pourrais aussi avoir des photos d’elle, je sais que mon père en possède. Mais je n’en veux pas. Ce serait me plonger dans une époque que je tente de fuir. Je désire constituer ma propre image. Lui trouver un visage de suffoquée qui sera le mien juste à moi. Un visage sur lequel personne n’aura droit de regard, sinon au travers de mes mots, de ce que j’en dirai. Vous ne pourrez voir que ce que moi j’accepterai de vous montrer, avec ma pudeur à moi, mon malaise.
Cette entreprise ne sera pas facile.
J’irai chercher de l’aide, même si ça ne m’est pas naturel. Il y aura ma famille, avec la mémoire de chacun. Il y aura mes amis, des universitaires, avec leur savoir et leur support. Des inclassables et des collègues. Et des auteurs, évidemment. Puis tous ceux que je ne connais pas encore.
Il y aura des obstacles. La famille, la peur, la révolte, le temps, le travail, qui pour certains seront autant d’alliés.
Il y aura la mémoire qui ne cessera jamais de changer, de faire défaut tout en étant précise. Les souvenirs, jamais tout à fait les mêmes, contre lesquels je me battrai et tenterai de faire miens. Il y aura des photos, des romans, des paroles.
Peut-être qu’un jour j’accepterai qu’il y ait dans tout ça une histoire d’amour. L’Autre, que j’espère devant ma porte, tous les soirs.
Il y aura des juges, des critiques, des gens qui aimeront, peut-être. Et il y aura des gens qui seront déçus.
Moi aussi, dans toute cette histoire.
Puis la pendue, innommable.
Je ne me rappelle pas d’elle. C’est, dans toute cette entreprise, ce qu’il y a de plus terrible.
Écrire sur quelqu’un dont on n’a pas de souvenir. Quelqu’un qui n’a convié personne à sa mort, parce qu’au milieu de nous elle se sentait trop seule. C’est ce que j’imagine.
Il y aura tous ces mots pour tenter de la dire, de l’inventer. Pour tenter de me dire au travers de sa mort. Cesser de rejouer sa disparition futilement et tenter de passer à autre chose. Comme lever la tête et faire face à la vie, avec sa date butoire.
J’ai peur de mourir.
À quoi sert de vivre si c’est pour passer le temps et subir la vie? Je n’invente rien. Je voudrais seulement laisser une trace. Une écriture illisible dans un cahier.
C’est ça, ma tentative. Archiver la vie pour laisser une trace. D’autres l’ont fait avant moi. Se sont cachés en se révélant. Au travers des mots, d'autres se sont travestis. Les mots étourdissent, c’est très rassurant.
Tout ça, c’est une entreprise qui m’appartient, mais je ne sais pas par où commencer.
Demain, peut-être.
3. le souffle
demain arrivera
promis
ce sera le souffle
qu’on arrache
vers l’absence de la pendue
dans le garde-robe
que je n’ai jamais vue
que j’aperçois tous les jours
avec ses lunettes
et ses yeux exorbités
la ceinture de cuir autour du cou
dans ma chambre à moi
pleine de sa mort à elle
promis
ce sera le souffle
qu’on arrache
vers l’absence de la pendue
dans le garde-robe
que je n’ai jamais vue
que j’aperçois tous les jours
avec ses lunettes
et ses yeux exorbités
la ceinture de cuir autour du cou
dans ma chambre à moi
pleine de sa mort à elle
dimanche 17 février 2008
II - Répétition active
Michael Edwards, « Création et répétition »[1]
Tel que l’énonce Michael Edwards dans son article « Création et répétition », la répétition me paraît inévitable dans l’acte créateur, puisqu’on ne peut créer à partir d’un matériau qui nous est totalement inconnu. Il ne suffit toutefois pas de simplement répéter les paroles du passé, mais de les réactualiser au présent pour les entendre différemment, comme prononcées avec une nouvelle voix.
Il est cependant facile de répéter le souvenir sans le réactualiser, et ce, sans même s’en rendre compte. Je crois qu’il importe de toujours rester conscient – et encore davantage lorsque notre travail créateur puise sa matière même dans un questionnement sur la réminiscence – de ce danger qui nous guette, de cette possibilité d’une répétition sans innovation, d’une répétition qui ne questionnerait pas le matériau qui revient à la mémoire.
Lorsque j’aborde ici l’idée d’une innovation, je ne veux pas parler d’un travail créateur qui viserait sans cesse à faire quelque chose de nouveau, d’inédit, dans une optique qui retiendrait presque du spectaculaire. Il s’agit plutôt d’une innovation dans le regard que l’on porte sur le souvenir – ou sur le langage – que l’on réutilise dans l’optique de créer quelque chose qui, d’abord pour le créateur, n’est pas une simple redite. C’est ce nouveau regard posé sur l’objet de notre attention qui permet d’envisager un nouveau rapport à ce qui est déjà connu sous un certain angle.
Il ne faut pas non plus oublier que le regard que l’on pose sur cet objet, sans même qu’on s’en rende compte, change constamment, l’angle d’approche se modifie par le simple fait que l’on n’est plus, en tant que sujet, tout à fait le même. C’est, au bout du compte, dans l’ensemble des changements qui s’opèrent dans le rapport entre le sujet et l’objet que s’accomplit l’évolution du sujet. Et c’est par cette voie que peut s’inscrire le changement de perception du sujet face à l’objet qui l’intéresse. Ainsi, si on reste vigilant, il serait possible que, de fil en aiguille, notre relation au souvenir change, et que la réactualisation de ce souvenir modifie notre relation au monde et à notre identité propre, ce qui nous permet de regarder à nouveau l’objet sous un nouvel angle. Et le mécanisme est mis en branle.
[1] Michel Edwards, « Création et répétition », dans L’acte créateur, Paris, Presses universitaires de France, 1997, p. 143-158
Tel que l’énonce Michael Edwards dans son article « Création et répétition », la répétition me paraît inévitable dans l’acte créateur, puisqu’on ne peut créer à partir d’un matériau qui nous est totalement inconnu. Il ne suffit toutefois pas de simplement répéter les paroles du passé, mais de les réactualiser au présent pour les entendre différemment, comme prononcées avec une nouvelle voix.
Il est cependant facile de répéter le souvenir sans le réactualiser, et ce, sans même s’en rendre compte. Je crois qu’il importe de toujours rester conscient – et encore davantage lorsque notre travail créateur puise sa matière même dans un questionnement sur la réminiscence – de ce danger qui nous guette, de cette possibilité d’une répétition sans innovation, d’une répétition qui ne questionnerait pas le matériau qui revient à la mémoire.
Lorsque j’aborde ici l’idée d’une innovation, je ne veux pas parler d’un travail créateur qui viserait sans cesse à faire quelque chose de nouveau, d’inédit, dans une optique qui retiendrait presque du spectaculaire. Il s’agit plutôt d’une innovation dans le regard que l’on porte sur le souvenir – ou sur le langage – que l’on réutilise dans l’optique de créer quelque chose qui, d’abord pour le créateur, n’est pas une simple redite. C’est ce nouveau regard posé sur l’objet de notre attention qui permet d’envisager un nouveau rapport à ce qui est déjà connu sous un certain angle.
Il ne faut pas non plus oublier que le regard que l’on pose sur cet objet, sans même qu’on s’en rende compte, change constamment, l’angle d’approche se modifie par le simple fait que l’on n’est plus, en tant que sujet, tout à fait le même. C’est, au bout du compte, dans l’ensemble des changements qui s’opèrent dans le rapport entre le sujet et l’objet que s’accomplit l’évolution du sujet. Et c’est par cette voie que peut s’inscrire le changement de perception du sujet face à l’objet qui l’intéresse. Ainsi, si on reste vigilant, il serait possible que, de fil en aiguille, notre relation au souvenir change, et que la réactualisation de ce souvenir modifie notre relation au monde et à notre identité propre, ce qui nous permet de regarder à nouveau l’objet sous un nouvel angle. Et le mécanisme est mis en branle.
[1] Michel Edwards, « Création et répétition », dans L’acte créateur, Paris, Presses universitaires de France, 1997, p. 143-158
dimanche 10 février 2008
2. du fond de mon désert
il ne neige plus
as-tu remarqué, toi
du fond de mon désert
qu’il ne neige plus
entends-tu la rumeur lointaine
qui scande ton nom en prière
comme si tu étais un dieu
alors que je pense mourir encore une fois
d’une maladie inconnue et incurable
as-tu entendu les avions
fendant le ciel sous la lune
fais-tu le soir les cent pas
en pensant à mon nom
le répétant en boucle
pour te convaincre de mon existence
fumes-tu des cigarettes de condamné à mort
comme pour la dernière fois
choisis-tu tes vêtements de funérailles
ajoutant par coquetterie
un accessoire turquoise
et lorsque tu bois une bière
songes-tu aux bars que nous avons fermés
suis-je là à tes côtés
un peu dans l’ombre de l’absence
quand tu regardes cette enfant
est-ce la mienne aussi
et quand tu écris
quand tu écris
suis-je ton « tu »
suis-je là quelque part
du fond de mon désert
à murmurer des paroles
qui ressemblent à des cris
des appels au secours dans la nuit froide
suis-je en toi parfois quand tu fais l’amour
penses-tu à moi tout le temps
quand la nuit reste noire malgré les lampadaires
écris-tu des mots frivoles
qui parlent de nous
poses-tu des questions qui chaque fois
n’appellent que le silence
je n’ai rien su de toi
au fil des années qui s’écoulent
si déjà tu as aimé vraiment
si tu as perdu ton temps
quand je n’avais rien à te répondre
quand mon silence te figeait
au travers des siècles glacés
trouves-tu un peu de chaleur la nuit
dans d’autres bras ailleurs
as-tu fait l’amour depuis
moi je m’abstiens sans volonté
puisque personne ne te ressemble
depuis ton départ
tu sais
tu me parlais de ma prose
et maintenant je fais des vers
c’est plus court
plus essoufflé
ça noircit les pages plus vite
pour opprimer le silence
ça me convainc avant même la relecture
et je suis efficace
quand il n’y a rien à faire
à dire
j’occupe vite les vides
dont tu me parlais
ceux entre toi et moi
quand le sexe ne comblait plus
ne voulait plus rien dire entre les silences
tu sais
la troisième fois que nous avons fait l’amour
la première nuit
j’ai pensé à quelqu’un
qui n’était pas toi
j’ai fait une erreur de langue
pour te divertir
t’ai-je dit
et depuis ta fuite
plutôt que de dormir
je noircis des pages
de phrases illicites
pour « faire poète » comme tu disais
avec un rythme interrompu
avec un rythme inégal
et des répétitions
tu sais je pourrais te dire
que je n’ai jamais repensé à toi
au fil de mes lectures
je pourrais te dire
que je n’ai jamais eu envie
de ton corps
mais ce serait mentir
et j’en suis incapable
même quand tu restes sans mots
derrière tes cartes postales
où tu me décris
des paysages illustrés à l’endos
je pourrais clamer
mon innocence dans cette histoire
mais je m’abstiens
par souci de véracité
alors que j’ai froid la nuit
que je pleure dans mon oreiller
je pourrais te dire
que j’ai une vie nouvelle
très très heureuse
mais ce serait
ce serait
masquer la vérité
mes cheveux ont poussé
pour qu’ils ne soient plus
ceux que tu caressais
quand je mimais le sommeil
tu sais
je guette ton retour
la nuit à deux heures
comme quand tu revenais du bar
tu sais
non
tu ne sais rien
du fond de mon désert
tu ne sais même pas
si tu as déjà existé
en moi dans ma chair
dans mes vers, mon acte
et chaque gorgée de bière
m’éloigne de toi
en me rapprochant de ton absence
j’aimerais tant
que mes vers raccourcissent
et éloignent l’éloignement
des continents à la dérive
je voudrais comprendre
pourquoi tu me hantes
même la nuit qui me voit ivre
j’aimerais faire entrer ton nom
dans mon vocabulaire courant
pour te mettre en boîte
te classer dans un tiroir
fermé à clé
et le soir
jeter à la mer ma bouteille
que je saurais impossible
il me faudrait connaître le numéro
de l’arrêt d’autobus
où tu as quitté notre nous
pour pouvoir te retrouver
mais même ton nom m’échappe ce soir
parce que tu changes de visage
au fil des mots
au fil des vers qui me grugent
je sais que demain
je ne pourrai pas me relire
et que cette nuit j’arrêterai d’écrire
quand mon bras sera faible
ou que je n’aurai plus de cigarettes indiennes
ni de volonté
et que même l’encre bleue
ne me leurrera plus dans son noircissement
quand j’aurai trop bu pour me souvenir
à qui je m’adresse
quand ton nom inconnu
peu à peu
s’estompera encore
et je repousserai
comme toujours
la fin de mon adresse à toi
la mort de tous ces mots
tombés à cause de la neige
qui n’avait pas vraiment cessé
mais était devenue invisible
sous le lampadaire
parce que trop fine
tous ces mots sclérosés
alors que plus rien n’est possible
pour me convaincre
que tu n’as jamais existé
je vis dans l’absence de ton existence
et je respire profondément
pour m’assurer
que je ne perds pas la raison ce soir
me persuader
de quelque chose d’impossible
de la valeur de mes mots
malgré la bière
malgré les commentaires
en miroir de moi
qui crient mon erreur
et qui ne connaissent pas
la dureté de la gifle
de toutes façons
tu n’es plus là
et moi
je n’arrive pas à faire taire
cette douleur
l’entends-tu ma douleur
du fin fond de mon désert
depuis Paris
ou Montréal
ou Moscou
l’entends-tu ma prière
qui n’en finit plus de se poursuivre
même quand je me lève
même quand les pages gondolent d’encre bleue
quand je n’arrive plus à écrire
sur le papier trop humide
et que je n’ai plus d’encore
l’entends-tu mon cri
je le voudrais perçant
pour déchirer la nuit
pour crier ma haine et mon mal
et mon amour
et ton absence
et ton absence dans mon lit
en moi
au plus profond de moi
quand je n’existe même plus sous le manque
comme un manteau sur un cintre
dans la penderie
celle de mon amour
celle de ma passion
et celle de ma colère
de ma colère contre toi
contre ton inexistence
quand tu m’appelles la nuit
alors que je dors enfin
que j’ai réussi
à gagner un peu de sommeil
de répit
un sursis à la mort
comme une existence à la vie
ma vie d’avant avec toi
ma vie d’écriture automatique
peut-être un peu surréaliste
ma vie de vers falsifiés
l’as-tu vu maintenant
dans cette bouteille à la mer
que la prose n’est plus possible
pour colmater toutes les brèches
alors je m’enivre depuis
depuis ton départ porté disparu
depuis l’embrasement
ce soir de décembre
pour me convaincre
que tu n’as rien su
et ne sauras jamais
à cause de la bouteille perdue
tu as voulu me revoir
t’en rappelles-tu de tout ça
de notre sursis
de ma peur face à toi
du dédain au bord des lèvres
et des découvertes dans le regard
la première fois de la première nuit
l’as-tu senti
que j’ai feint l’indifférence
du fond de mon désert
en allant jusqu’au bout
en tentant d’occulter
mon amour de l’autre
et mon ivresse
j’hésite à couper mes vers
c’est terminé
l’avais-tu senti
que j’orchestre le point final
avec la dernière gorgée
à tant d’incertitudes?
as-tu remarqué, toi
du fond de mon désert
qu’il ne neige plus
entends-tu la rumeur lointaine
qui scande ton nom en prière
comme si tu étais un dieu
alors que je pense mourir encore une fois
d’une maladie inconnue et incurable
as-tu entendu les avions
fendant le ciel sous la lune
fais-tu le soir les cent pas
en pensant à mon nom
le répétant en boucle
pour te convaincre de mon existence
fumes-tu des cigarettes de condamné à mort
comme pour la dernière fois
choisis-tu tes vêtements de funérailles
ajoutant par coquetterie
un accessoire turquoise
et lorsque tu bois une bière
songes-tu aux bars que nous avons fermés
suis-je là à tes côtés
un peu dans l’ombre de l’absence
quand tu regardes cette enfant
est-ce la mienne aussi
et quand tu écris
quand tu écris
suis-je ton « tu »
suis-je là quelque part
du fond de mon désert
à murmurer des paroles
qui ressemblent à des cris
des appels au secours dans la nuit froide
suis-je en toi parfois quand tu fais l’amour
penses-tu à moi tout le temps
quand la nuit reste noire malgré les lampadaires
écris-tu des mots frivoles
qui parlent de nous
poses-tu des questions qui chaque fois
n’appellent que le silence
je n’ai rien su de toi
au fil des années qui s’écoulent
si déjà tu as aimé vraiment
si tu as perdu ton temps
quand je n’avais rien à te répondre
quand mon silence te figeait
au travers des siècles glacés
trouves-tu un peu de chaleur la nuit
dans d’autres bras ailleurs
as-tu fait l’amour depuis
moi je m’abstiens sans volonté
puisque personne ne te ressemble
depuis ton départ
tu sais
tu me parlais de ma prose
et maintenant je fais des vers
c’est plus court
plus essoufflé
ça noircit les pages plus vite
pour opprimer le silence
ça me convainc avant même la relecture
et je suis efficace
quand il n’y a rien à faire
à dire
j’occupe vite les vides
dont tu me parlais
ceux entre toi et moi
quand le sexe ne comblait plus
ne voulait plus rien dire entre les silences
tu sais
la troisième fois que nous avons fait l’amour
la première nuit
j’ai pensé à quelqu’un
qui n’était pas toi
j’ai fait une erreur de langue
pour te divertir
t’ai-je dit
et depuis ta fuite
plutôt que de dormir
je noircis des pages
de phrases illicites
pour « faire poète » comme tu disais
avec un rythme interrompu
avec un rythme inégal
et des répétitions
tu sais je pourrais te dire
que je n’ai jamais repensé à toi
au fil de mes lectures
je pourrais te dire
que je n’ai jamais eu envie
de ton corps
mais ce serait mentir
et j’en suis incapable
même quand tu restes sans mots
derrière tes cartes postales
où tu me décris
des paysages illustrés à l’endos
je pourrais clamer
mon innocence dans cette histoire
mais je m’abstiens
par souci de véracité
alors que j’ai froid la nuit
que je pleure dans mon oreiller
je pourrais te dire
que j’ai une vie nouvelle
très très heureuse
mais ce serait
ce serait
masquer la vérité
mes cheveux ont poussé
pour qu’ils ne soient plus
ceux que tu caressais
quand je mimais le sommeil
tu sais
je guette ton retour
la nuit à deux heures
comme quand tu revenais du bar
tu sais
non
tu ne sais rien
du fond de mon désert
tu ne sais même pas
si tu as déjà existé
en moi dans ma chair
dans mes vers, mon acte
et chaque gorgée de bière
m’éloigne de toi
en me rapprochant de ton absence
j’aimerais tant
que mes vers raccourcissent
et éloignent l’éloignement
des continents à la dérive
je voudrais comprendre
pourquoi tu me hantes
même la nuit qui me voit ivre
j’aimerais faire entrer ton nom
dans mon vocabulaire courant
pour te mettre en boîte
te classer dans un tiroir
fermé à clé
et le soir
jeter à la mer ma bouteille
que je saurais impossible
il me faudrait connaître le numéro
de l’arrêt d’autobus
où tu as quitté notre nous
pour pouvoir te retrouver
mais même ton nom m’échappe ce soir
parce que tu changes de visage
au fil des mots
au fil des vers qui me grugent
je sais que demain
je ne pourrai pas me relire
et que cette nuit j’arrêterai d’écrire
quand mon bras sera faible
ou que je n’aurai plus de cigarettes indiennes
ni de volonté
et que même l’encre bleue
ne me leurrera plus dans son noircissement
quand j’aurai trop bu pour me souvenir
à qui je m’adresse
quand ton nom inconnu
peu à peu
s’estompera encore
et je repousserai
comme toujours
la fin de mon adresse à toi
la mort de tous ces mots
tombés à cause de la neige
qui n’avait pas vraiment cessé
mais était devenue invisible
sous le lampadaire
parce que trop fine
tous ces mots sclérosés
alors que plus rien n’est possible
pour me convaincre
que tu n’as jamais existé
je vis dans l’absence de ton existence
et je respire profondément
pour m’assurer
que je ne perds pas la raison ce soir
me persuader
de quelque chose d’impossible
de la valeur de mes mots
malgré la bière
malgré les commentaires
en miroir de moi
qui crient mon erreur
et qui ne connaissent pas
la dureté de la gifle
de toutes façons
tu n’es plus là
et moi
je n’arrive pas à faire taire
cette douleur
l’entends-tu ma douleur
du fin fond de mon désert
depuis Paris
ou Montréal
ou Moscou
l’entends-tu ma prière
qui n’en finit plus de se poursuivre
même quand je me lève
même quand les pages gondolent d’encre bleue
quand je n’arrive plus à écrire
sur le papier trop humide
et que je n’ai plus d’encore
l’entends-tu mon cri
je le voudrais perçant
pour déchirer la nuit
pour crier ma haine et mon mal
et mon amour
et ton absence
et ton absence dans mon lit
en moi
au plus profond de moi
quand je n’existe même plus sous le manque
comme un manteau sur un cintre
dans la penderie
celle de mon amour
celle de ma passion
et celle de ma colère
de ma colère contre toi
contre ton inexistence
quand tu m’appelles la nuit
alors que je dors enfin
que j’ai réussi
à gagner un peu de sommeil
de répit
un sursis à la mort
comme une existence à la vie
ma vie d’avant avec toi
ma vie d’écriture automatique
peut-être un peu surréaliste
ma vie de vers falsifiés
l’as-tu vu maintenant
dans cette bouteille à la mer
que la prose n’est plus possible
pour colmater toutes les brèches
alors je m’enivre depuis
depuis ton départ porté disparu
depuis l’embrasement
ce soir de décembre
pour me convaincre
que tu n’as rien su
et ne sauras jamais
à cause de la bouteille perdue
tu as voulu me revoir
t’en rappelles-tu de tout ça
de notre sursis
de ma peur face à toi
du dédain au bord des lèvres
et des découvertes dans le regard
la première fois de la première nuit
l’as-tu senti
que j’ai feint l’indifférence
du fond de mon désert
en allant jusqu’au bout
en tentant d’occulter
mon amour de l’autre
et mon ivresse
j’hésite à couper mes vers
c’est terminé
l’avais-tu senti
que j’orchestre le point final
avec la dernière gorgée
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