Il y a des mois qui passent sans un mot sur elle. Elle n’a jamais existé sinon dans la mémoire des autres. On se dit : il n’y a plus rien à ajouter. Elle était là, elle est partie. Il suffit de vivre sans elle.
Il y a du temps qui passe et des mots qui se perdent. On ne consigne plus les souvenirs infinis qui continuent à surgir. Il y a d’autres femmes qui arrivent et qui partent. Des insultes ravalées jusqu’aux larmes nocturnes. Il y a tous les efforts pour ne penser à personne, il y a des nuits d’insomnie où l’amour déborde. Des mots répétés, ajoutés, trafiqués, des bandes passées et repassées jusqu’à l’épuisement.
Pire que tout : le vide sur les pages. On ne construira rien avec ce récit de femme morte, comme on ne bâtit rien avec ceux des vivantes. C’est tout. Faire une croix et changer les espoirs.
Il faut croire. À notre insu, des histoires s’écrivent d’elles-mêmes.
lundi 13 juillet 2009
sans mots
je suis une femme sans courage
devant toi, les mots s’étouffent
j’ai besoin d’eau
mes lèvres collent, les commissures
ta bouche : un mirage
tes yeux se lèvent
d’abord les cils, puis la couleur
du gazon arraché entre les doigts
j’ai détourné le regard
je suis une femme analphabète
devant toi, les mots s’étouffent
j’ai besoin d’eau
mes lèvres collent, les commissures
ta bouche : un mirage
tes yeux se lèvent
d’abord les cils, puis la couleur
du gazon arraché entre les doigts
j’ai détourné le regard
je suis une femme analphabète
vendredi 19 juin 2009
Oubli
Il y a des souvenirs sur le bout de la langue.
Un mot suffit, un seul. Et survient l’image enfumée d’un reflet. Furtivement, la certitude de quelque chose. Une précision insaisissable.
Parfois, un appel, un message, une voix. L’essence pressentie s’estompe, il y a toute la vie autour. On ne peut continuer à attendre passivement la crue des passés.
Longtemps, il n’y a rien qui nous rappelle l’évanescence.
Tout se passe comme au souvenir d’un rêve au milieu du jour. Il y avait une couleur, un mot. Il y a parfois eu des sensations, les poils qui se dressent ou le ventre qui papillonne.
Mais au final, on ne trouve rien.
On se console en pensant à la sélection naturelle des souvenirs.
Un jour, il y aura peut-être un fossile de l’inachevé.
Un mot suffit, un seul. Et survient l’image enfumée d’un reflet. Furtivement, la certitude de quelque chose. Une précision insaisissable.
Parfois, un appel, un message, une voix. L’essence pressentie s’estompe, il y a toute la vie autour. On ne peut continuer à attendre passivement la crue des passés.
Longtemps, il n’y a rien qui nous rappelle l’évanescence.
Tout se passe comme au souvenir d’un rêve au milieu du jour. Il y avait une couleur, un mot. Il y a parfois eu des sensations, les poils qui se dressent ou le ventre qui papillonne.
Mais au final, on ne trouve rien.
On se console en pensant à la sélection naturelle des souvenirs.
Un jour, il y aura peut-être un fossile de l’inachevé.
jeudi 11 juin 2009
(entorse à l'abécédaire)
J'ai retrouvé ce texte en fouillant dans mon ordinateur. C'est un premier jet, pas retravaillé du tout, qui date d'il y a deux ans, presque jour pour jour. Je venais alors de déménager dans l'appartement que je quitte dans une semaine. Bien des choses ont changé, depuis. Moi aussi. Mais vous y trouverez la romantique finie que je suis...
***
J’étais certaine que c’était des tests pour les feux d’artifice. Je n’avais pas pensé à des éclairs, malgré la chaleur accablante qui pesait sur la ville depuis quelques jours. Au début de l’été, j’ai toujours tendance à oublier que ça existe, les orages de chaleur. En fait, chaque année, j’oublie ce que transporte chaque saison.
Je fais souvent des rêves de tornades. Elles s’avancent vers moi et je suis la seule à avoir peur, à trouver ça inquiétant. Tous les autres peuvent continuer à s’amuser, moi, j’en suis incapable. Finalement, dans mes rêves, c’est moi qui ai raison. Il fallait se méfier de ce qui s’en venait. Ce qui est toujours extraordinaire, c’est que ces tornades, multiples, que je vois à l’horizon, sont magnifiques. Finalement, une se détache du lot et s’avance vers nous. La plupart du temps, elle détruit l’environnement, mais pas nous, on arrive à se cacher à temps dans un sous-sol. Personne n’est atteint. Personne ne meurt. Et je me réveille.
Ils disent sur cyberpresse qu’il y a eu une tornade qui a été aperçue à Louiseville aujourd’hui. Dans mon dernier rêve de tornade, il y avait Louise de mon boulot, c’est quand même un drôle de hasard. Je ne dois pas commencer à croire à ces sornettes de divination.
Alors si on résume, dans la même journée, il y a eu la tornade à Louiseville et l’orage de chaleur. Et Pauline Marois couronnée à la tête du Parti québécois. Ça fait une grosse journée, quand on y pense. Avec les feux d’artifice, en plus…
J’étais supposée aller voir les feux avec elle, comme la semaine précédente, mais finalement, à cause de la pluie qui menaçait de tomber – en nous libérant enfin de la chaleur accablante – on a décidé de remettre ça. Elle m’a dit : je pourrais venir visiter ton appartement. J’avais emménagé trois semaines et demie auparavant. Évidemment, je lui ai dit qu’elle était la bienvenue. J’ai attendu que la sonnette retentisse. Quand elle est arrivée, il avait commencé à pleuvoir. Je lui ai passé quelques vêtements de rechange, trop grands, pendant que son linge tournait dans la sécheuse. Je lui ai fait visiter l’appartement, puis je l’ai invitée à s’asseoir sur mon balcon, sous le petit toit, pour profiter de la fraîcheur que la pluie amenait. Elle n’avait pas l’air vraiment rassurée, avec le bruit du tonnerre, mais elle n’a pas protesté. Nous nous sommes installées sur les chaises de patio, devant le parc et nous avons attendu les prochains éclairs. C’était un peu comme des feux d’artifice, mais en plus effrayant. Nous avons bu un verre, fumé une cigarette. Normalement, elle ne fume pas, mais cette fois, j’ignore pourquoi, elle a pris quelques bouffées de ma cigarette.
Les orages et la pluie me donnent toujours envie de me coucher en boule dans mon lit, c’est encore mieux quand on est deux, collées, et qu’on peut parler un peu. Je lui ai dit ça, et elle m’a regardée dans les yeux en me disant : « Mais pourquoi on ne le fait pas? » J’étais estomaquée. Je ne pensais pas qu’elle allait me répondre ça. En moins de deux, on était dans mon lit, couchées sur les couvertures, à cause de la chaleur. Elle s’est collée à moi. C’était un mélange de tendresse et de peur de petite fille qu’il y avait dans tout son corps. J’ai fermé les yeux pour sentir un peu mieux son odeur. J’ai enlevé mes lunettes que j’ai posées sur la table de chevet. Pour faire ça, il fallait que je m’étire par-dessus elle. J’essayais de ne rien brusquer, mais elle a profité de ma situation pour enserrer ma taille. Je n’ai pas pu faire autrement que de m’abandonner un petit peu contre elle. Elle m’attirait vraiment beaucoup, depuis longtemps. Pas si longtemps, au fond, mais j’avais l’impression que ça faisait longtemps. Comme si avec elle le temps était plus long, mais pas dans un sens péjoratif. Seulement un peu plus long qu’à l’habitude, comme si on pouvait prendre notre temps. Je lui ai demandé : « Tu es bien? » et elle a dit « Oui ». Nous nous sommes endormies, enlacées.
Nous avons filé toute la nuit comme ça, serrées l’une contre l’autre malgré la chaleur. Au réveil, nous n’avions pas bougé. Toutes les deux insomniaques depuis le début de la canicule, nous avions réussi à nous reposer. Comme je me suis réveillée avant elle, j’ai entrepris de la réveiller tranquillement, en caressant son corps. Peu à peu ses yeux se sont ouverts. Quelques fractions de secondes m’ont laissé comprendre qu’elle ne savait pas trop où elle était. Puis elle s’est rappelé la veille. Elle a répondu à mes caresses. Ça a pris quelques minutes avant qu’on s’embrasse pour la première fois. Je serais restée comme ça longtemps, juste mes lèvres accrochées aux siennes. On a fait l’amour. On a fait du bruit, je crois, parce que quand je me suis pointée dans la cuisine, pour partir du café, mes colocataires me regardaient avec un air entendu. J’ai fait mine de rien, j’ai parti le café et je suis retournée dans ma chambre. Elle était assise sur le lit, nue, les genoux sous le menton. Elle m’a regardée longtemps. M’a dit : « On est pas toutes seules? » Je lui ai dit pour l’air étonné de mes colocs, ça l’a fait rigoler. On a ri ensemble, et, inévitablement, on s’est encore retrouvées au lit, oubliant le café qui bouillait sur la cuisinière. Heureusement que mes colocs étaient là pour s’occuper de la napolitaine. Sa peau goûtait le sel à cause de la chaleur qu’on avait eue la vielle. Heureusement, avec l’orage, l’air s’était allégé. On a décidé d’aller prendre notre douche avant de faire d’autre café. Pour ça, il fallait passer devant le salon, les chambres des colocs et par la cuisine. Inévitablement, il fallait nous montrer.
Elles étaient assises dans la cuisine, elles discutaient de l’élection de Pauline Marois à la tête du Parti québécois, ou des tornades à Louiseville, je ne sais plus. Moi, je n’avais pas rêvé de tornades, cette nuit-là. Elles m’ont vue entrer dans la cuisine, m’ont souri, avec un air entendu. Quand elles l’ont vue me suivre, leur visage a un peu changé. Je la leur ai présentée, elles ont fait mine de rien, la saluant poliment. Moi je savais bien que ce n’était pas ce à quoi elles s’attendaient. On est rentrées dans la douche, mine de rien. Elle m’a questionnée du regard. J’ai dit : « Elles s’attendaient pas à ce que tu sois une fille. » Elle a demandé : « Elles ne savent pas? » J’ai répondu : « Non. Moi non plus avant je ne voulais pas le savoir tant que ça. »
Elle ne savait pas que pour moi c’était la première fois avec une fille. Elle était étonnée. En même temps, je crois que ça l’excitait. En plus de savoir les deux filles étonnées. Je lui ai assuré que les filles n’en seraient pas scandalisées ou dérangées. Qu’il fallait peut-être leur laisser du temps. À nous aussi d’ailleurs.
On a passé trois jours complets ensemble, sans se quitter d’une semelle. Sans quitter vraiment mon lit non plus, sauf pour nous nourrir et nous laver. Quand elle est repartie de chez moi parce qu’inévitablement il fallait que la vie – j’entends par là le travail – reprenne son cours, ça a fait un vide. En quelques secondes à peine, j’arrivais à m’ennuyer d’elle, de sa présence, de son regard, de son corps, aussi. Mes colocs avaient besoin d’une petite mise au point. On s’est assises dans le salon. Je leur ai dit que j’étais bien avec elle. Elles m’ont dit : « Tu seras l’homme de l’appart. » Tout simplement, je leur ai répondu « non », je savais que ce n’était pas ça. Elles ont compris, je crois. On s’est débouché des bières pour fêter un peu le fait que j’aie quelqu’un dans ma vie. Je me trouvais vraiment chanceuse d’habiter là. Elles m’ont dit, au cours de la soirée : « Elle est belle, en tous cas. »
Après quelques bières et un « joint de la victoire » comme elles disent, j’ai été heureuse de retrouver son odeur dans mon lit.
***
J’étais certaine que c’était des tests pour les feux d’artifice. Je n’avais pas pensé à des éclairs, malgré la chaleur accablante qui pesait sur la ville depuis quelques jours. Au début de l’été, j’ai toujours tendance à oublier que ça existe, les orages de chaleur. En fait, chaque année, j’oublie ce que transporte chaque saison.
Je fais souvent des rêves de tornades. Elles s’avancent vers moi et je suis la seule à avoir peur, à trouver ça inquiétant. Tous les autres peuvent continuer à s’amuser, moi, j’en suis incapable. Finalement, dans mes rêves, c’est moi qui ai raison. Il fallait se méfier de ce qui s’en venait. Ce qui est toujours extraordinaire, c’est que ces tornades, multiples, que je vois à l’horizon, sont magnifiques. Finalement, une se détache du lot et s’avance vers nous. La plupart du temps, elle détruit l’environnement, mais pas nous, on arrive à se cacher à temps dans un sous-sol. Personne n’est atteint. Personne ne meurt. Et je me réveille.
Ils disent sur cyberpresse qu’il y a eu une tornade qui a été aperçue à Louiseville aujourd’hui. Dans mon dernier rêve de tornade, il y avait Louise de mon boulot, c’est quand même un drôle de hasard. Je ne dois pas commencer à croire à ces sornettes de divination.
Alors si on résume, dans la même journée, il y a eu la tornade à Louiseville et l’orage de chaleur. Et Pauline Marois couronnée à la tête du Parti québécois. Ça fait une grosse journée, quand on y pense. Avec les feux d’artifice, en plus…
J’étais supposée aller voir les feux avec elle, comme la semaine précédente, mais finalement, à cause de la pluie qui menaçait de tomber – en nous libérant enfin de la chaleur accablante – on a décidé de remettre ça. Elle m’a dit : je pourrais venir visiter ton appartement. J’avais emménagé trois semaines et demie auparavant. Évidemment, je lui ai dit qu’elle était la bienvenue. J’ai attendu que la sonnette retentisse. Quand elle est arrivée, il avait commencé à pleuvoir. Je lui ai passé quelques vêtements de rechange, trop grands, pendant que son linge tournait dans la sécheuse. Je lui ai fait visiter l’appartement, puis je l’ai invitée à s’asseoir sur mon balcon, sous le petit toit, pour profiter de la fraîcheur que la pluie amenait. Elle n’avait pas l’air vraiment rassurée, avec le bruit du tonnerre, mais elle n’a pas protesté. Nous nous sommes installées sur les chaises de patio, devant le parc et nous avons attendu les prochains éclairs. C’était un peu comme des feux d’artifice, mais en plus effrayant. Nous avons bu un verre, fumé une cigarette. Normalement, elle ne fume pas, mais cette fois, j’ignore pourquoi, elle a pris quelques bouffées de ma cigarette.
Les orages et la pluie me donnent toujours envie de me coucher en boule dans mon lit, c’est encore mieux quand on est deux, collées, et qu’on peut parler un peu. Je lui ai dit ça, et elle m’a regardée dans les yeux en me disant : « Mais pourquoi on ne le fait pas? » J’étais estomaquée. Je ne pensais pas qu’elle allait me répondre ça. En moins de deux, on était dans mon lit, couchées sur les couvertures, à cause de la chaleur. Elle s’est collée à moi. C’était un mélange de tendresse et de peur de petite fille qu’il y avait dans tout son corps. J’ai fermé les yeux pour sentir un peu mieux son odeur. J’ai enlevé mes lunettes que j’ai posées sur la table de chevet. Pour faire ça, il fallait que je m’étire par-dessus elle. J’essayais de ne rien brusquer, mais elle a profité de ma situation pour enserrer ma taille. Je n’ai pas pu faire autrement que de m’abandonner un petit peu contre elle. Elle m’attirait vraiment beaucoup, depuis longtemps. Pas si longtemps, au fond, mais j’avais l’impression que ça faisait longtemps. Comme si avec elle le temps était plus long, mais pas dans un sens péjoratif. Seulement un peu plus long qu’à l’habitude, comme si on pouvait prendre notre temps. Je lui ai demandé : « Tu es bien? » et elle a dit « Oui ». Nous nous sommes endormies, enlacées.
Nous avons filé toute la nuit comme ça, serrées l’une contre l’autre malgré la chaleur. Au réveil, nous n’avions pas bougé. Toutes les deux insomniaques depuis le début de la canicule, nous avions réussi à nous reposer. Comme je me suis réveillée avant elle, j’ai entrepris de la réveiller tranquillement, en caressant son corps. Peu à peu ses yeux se sont ouverts. Quelques fractions de secondes m’ont laissé comprendre qu’elle ne savait pas trop où elle était. Puis elle s’est rappelé la veille. Elle a répondu à mes caresses. Ça a pris quelques minutes avant qu’on s’embrasse pour la première fois. Je serais restée comme ça longtemps, juste mes lèvres accrochées aux siennes. On a fait l’amour. On a fait du bruit, je crois, parce que quand je me suis pointée dans la cuisine, pour partir du café, mes colocataires me regardaient avec un air entendu. J’ai fait mine de rien, j’ai parti le café et je suis retournée dans ma chambre. Elle était assise sur le lit, nue, les genoux sous le menton. Elle m’a regardée longtemps. M’a dit : « On est pas toutes seules? » Je lui ai dit pour l’air étonné de mes colocs, ça l’a fait rigoler. On a ri ensemble, et, inévitablement, on s’est encore retrouvées au lit, oubliant le café qui bouillait sur la cuisinière. Heureusement que mes colocs étaient là pour s’occuper de la napolitaine. Sa peau goûtait le sel à cause de la chaleur qu’on avait eue la vielle. Heureusement, avec l’orage, l’air s’était allégé. On a décidé d’aller prendre notre douche avant de faire d’autre café. Pour ça, il fallait passer devant le salon, les chambres des colocs et par la cuisine. Inévitablement, il fallait nous montrer.
Elles étaient assises dans la cuisine, elles discutaient de l’élection de Pauline Marois à la tête du Parti québécois, ou des tornades à Louiseville, je ne sais plus. Moi, je n’avais pas rêvé de tornades, cette nuit-là. Elles m’ont vue entrer dans la cuisine, m’ont souri, avec un air entendu. Quand elles l’ont vue me suivre, leur visage a un peu changé. Je la leur ai présentée, elles ont fait mine de rien, la saluant poliment. Moi je savais bien que ce n’était pas ce à quoi elles s’attendaient. On est rentrées dans la douche, mine de rien. Elle m’a questionnée du regard. J’ai dit : « Elles s’attendaient pas à ce que tu sois une fille. » Elle a demandé : « Elles ne savent pas? » J’ai répondu : « Non. Moi non plus avant je ne voulais pas le savoir tant que ça. »
Elle ne savait pas que pour moi c’était la première fois avec une fille. Elle était étonnée. En même temps, je crois que ça l’excitait. En plus de savoir les deux filles étonnées. Je lui ai assuré que les filles n’en seraient pas scandalisées ou dérangées. Qu’il fallait peut-être leur laisser du temps. À nous aussi d’ailleurs.
On a passé trois jours complets ensemble, sans se quitter d’une semelle. Sans quitter vraiment mon lit non plus, sauf pour nous nourrir et nous laver. Quand elle est repartie de chez moi parce qu’inévitablement il fallait que la vie – j’entends par là le travail – reprenne son cours, ça a fait un vide. En quelques secondes à peine, j’arrivais à m’ennuyer d’elle, de sa présence, de son regard, de son corps, aussi. Mes colocs avaient besoin d’une petite mise au point. On s’est assises dans le salon. Je leur ai dit que j’étais bien avec elle. Elles m’ont dit : « Tu seras l’homme de l’appart. » Tout simplement, je leur ai répondu « non », je savais que ce n’était pas ça. Elles ont compris, je crois. On s’est débouché des bières pour fêter un peu le fait que j’aie quelqu’un dans ma vie. Je me trouvais vraiment chanceuse d’habiter là. Elles m’ont dit, au cours de la soirée : « Elle est belle, en tous cas. »
Après quelques bières et un « joint de la victoire » comme elles disent, j’ai été heureuse de retrouver son odeur dans mon lit.
lundi 18 mai 2009
Nuance
Un jour, une rédemption. Un visage aperçu qui ne portait rien d’elle.
Il reste donc des femmes qui vivent hors de la mémoire.
On aime le visage, on s’y attache, y revient, on le peint. Il y a quelque chose dans ce visage qui n’appartient qu’à nous. Il y a tout ce qui n’existait pas encore : l’amour d’une femme, le désir, les lèvres rouges.
Il y a tout ce que la femme pendue ne saura jamais de nous. Et nous inventons sans elle, avec jouissance, une histoire hors de l’enfance.
Entre le visage aimé et nous : un abîme de fêlures. Des heures et des heures à raconter, à découvrir, à déterrer, à ensevelir. Des efforts pour cacher, pour savoir, pour se taire, pour parler.
Ça dure. Un temps variable. Il y a des épiphanies et des goûts amers.
Parfois, ça s’essouffle et il n’y a rien à faire.
Un jour, on pense : les images accélérées ne sont plus les mêmes.
Et les traits se mélangent.
Il reste donc des femmes qui vivent hors de la mémoire.
On aime le visage, on s’y attache, y revient, on le peint. Il y a quelque chose dans ce visage qui n’appartient qu’à nous. Il y a tout ce qui n’existait pas encore : l’amour d’une femme, le désir, les lèvres rouges.
Il y a tout ce que la femme pendue ne saura jamais de nous. Et nous inventons sans elle, avec jouissance, une histoire hors de l’enfance.
Entre le visage aimé et nous : un abîme de fêlures. Des heures et des heures à raconter, à découvrir, à déterrer, à ensevelir. Des efforts pour cacher, pour savoir, pour se taire, pour parler.
Ça dure. Un temps variable. Il y a des épiphanies et des goûts amers.
Parfois, ça s’essouffle et il n’y a rien à faire.
Un jour, on pense : les images accélérées ne sont plus les mêmes.
Et les traits se mélangent.
dimanche 17 mai 2009
Moment
On perd foi en l’heure.
Tout à coup, les images accélèrent. Elles défilent, défilent et se heurtent aux oeillères. Elles explosent, leurs parcelles pulvérisées se glissent jusqu’à notre cœur, emplissent nos poumons, assèchent notre bouche et nos yeux. Les arbres se rapprochent, étouffent la route.
Arrêt sur image : chaque feuille est gravée d’une parcelle d’elle. Un mot, un masque, un cœur, des poils de taureau, des ailes de libellules. Les feuilles sont sombres, grises et noires, parfois des sumacs rouges ou bourgognes.
On n’a pas le temps de tout saisir. On ne garde que quelques impressions furtives.
On court entre les images. Soudainement, on ne sait plus : vers quoi court-on? Depuis combien d’heures?
Le temps indique : deux ans, trois ans de course.
Et on s’étonne que tout ait changé.
Tout à coup, les images accélèrent. Elles défilent, défilent et se heurtent aux oeillères. Elles explosent, leurs parcelles pulvérisées se glissent jusqu’à notre cœur, emplissent nos poumons, assèchent notre bouche et nos yeux. Les arbres se rapprochent, étouffent la route.
Arrêt sur image : chaque feuille est gravée d’une parcelle d’elle. Un mot, un masque, un cœur, des poils de taureau, des ailes de libellules. Les feuilles sont sombres, grises et noires, parfois des sumacs rouges ou bourgognes.
On n’a pas le temps de tout saisir. On ne garde que quelques impressions furtives.
On court entre les images. Soudainement, on ne sait plus : vers quoi court-on? Depuis combien d’heures?
Le temps indique : deux ans, trois ans de course.
Et on s’étonne que tout ait changé.
samedi 18 avril 2009
L.
Il n’y a pas de mot pour remplacer son nom.
C’était elle, cette femme pendue.
De jour, elle plane, vautour ou étoile, sur Montréal. La nuit, elle regagne peut-être ses arbres.
C’est toujours elle, L., et on ne sait pas pourquoi taire son nom. Quelque chose du rituel qui refuse le mausolée.
Elle. Son visage gratté dans la mémoire. Effacés : son odeur, sa voix, ses mots. Seule l’absence ne disparaît jamais.
Un jour, elle s’est réveillée. A attendu d’être seule. A posé une lettre dans l’entrée. A volé la ceinture du père. L’a nouée dans le garde-robe de notre chambre. A installé une chaise. A passé sa tête dans le nœud coulant. A poussé la chaise avec ses pieds. A suffoqué. Est morte.
On peut inventer tous les gestes.
On ne saura jamais ce qu’elle a pensé.
Parfois, on interroge le ciel ou les arbres.
C’était elle, cette femme pendue.
De jour, elle plane, vautour ou étoile, sur Montréal. La nuit, elle regagne peut-être ses arbres.
C’est toujours elle, L., et on ne sait pas pourquoi taire son nom. Quelque chose du rituel qui refuse le mausolée.
Elle. Son visage gratté dans la mémoire. Effacés : son odeur, sa voix, ses mots. Seule l’absence ne disparaît jamais.
Un jour, elle s’est réveillée. A attendu d’être seule. A posé une lettre dans l’entrée. A volé la ceinture du père. L’a nouée dans le garde-robe de notre chambre. A installé une chaise. A passé sa tête dans le nœud coulant. A poussé la chaise avec ses pieds. A suffoqué. Est morte.
On peut inventer tous les gestes.
On ne saura jamais ce qu’elle a pensé.
Parfois, on interroge le ciel ou les arbres.
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